Le pneu : Matériau de construction

Dans un Earthship, le pneu de voiture usagé est utilisé associé à la terre pour former une brique armée de sol compacté et sert de mur de soutènement à l’enveloppe thermique de la maison. Cette transmutation d’un déchet en matériau est économique, dépolluante et résiliente.

La Technique – qui a fait ses preuves sur des milliers d’ouvrages à travers le monde – est du domaine de la terre armée, inscrite dans la Norme Française des travaux géotechniques spéciaux – remblai renforcé :

Michael Reynolds est le pionnier de l’usage dans les bâtiments. On doit à Nguyen Thanh Long le développement de la technique, la normalisation en France et les bases de calculs de dimensionnement des ouvrages en pneu.

« les éléments de parement peuvent également consister en des pneumatiques. Ces pneumatiques sont de taille similaire et sont généralement disposés en quinconce d’une rangée sur l’autre pour constituer le parement. » – NF EN 14475 § C.2.2.4

Définition

Voici une présentation simple du Dr Nguyen, du Laboratoire Centrale des Ponts et Chaussées de Paris :

Le Pneusol est formé de l’association de deux éléments : des pneus et du sol. Le mot « pneus » désigne tous les éléments des pneus usagés (deux flancs, une bande de roulement) ou les pneus en entier, associés linéairement ou en nappes et susceptibles de supporter des efforts de traction importants. Le mot « sol » englobe toutes les variétés de terrains naturels, artificiels ou déchets divers. Fin 2004, plus de 1000 ouvrages ont été construits dans le monde (France, Algérie, États-Unis, Suisse, Allemagne, Roumanie, Jordanie, Brésil, Rwanda, …) dans différents domaines du Génie Civil (mur de soutènement, remblai léger, absorbeur d’énergie, répartiteur de contraintes, protection de pentes et de berges… ) [et quelques centaines d’Earthship].

Jean Berthier – Ingénieur général des Ponts et Chaussés et Commandeur de la légion d’honneur – dira dans son discours de remise au Dr. N.T. Long :

« Le Pneusol permet à la fois de résoudre des difficiles problèmes de sols dans les zones sensibles et de contribuer à la préservation de l’environnement en recyclant des pneus usagés dont on doit autrement se débarrasser de façon très coûteuse. »
Et ceci n’a pas changé : à ce jour, il est très coûteux – en temps, en énergie – de recycler des pneus, alors qu’ils forment de parfait matériaux de construction.

Ceci forme un parfait exemple de biomimétisme, ou reproduction de la Nature : une utilisation, une transformation de chaque chose avec le minimum d’énergie et un maximum d’utilité.

Synthèse scientifique
 Le Dr N.T. Long nous informe dans sa thèse sur les critères de durée de service du pneusol :
 

« Le vieillissement du caoutchouc des pneus est un phénomène complexe et dépendant de nombreux facteurs. Les plus importants en pratique sont :

  • La lumière et la chaleur (les rayons ultra-violets) : Ces paramètres provoquent une décomposition superficielle […] ce phénomène ne se produit pas quand le pneumatique est complètement enterré. […] D’autre part, dans un remblai, la température moyenne en profondeur varie dans une fourchette relativement étroite (3 à 4 degrés) […] mais la température la plus grande reste de l’ordre de 15°, température beaucoup plus basse que celle subie par le pneu lors de son utilisation et sans effet sur le caoutchouc. En cas d’incendie, des dégâts aux pneus de parement [ce qui n’est pas notre cas] restent inévitables, la seule solution envisageable étant de construire un double parement [ce qui est le cas dans un Earthship : les pneumatiques sont enduits.], les pneus ne pouvant brûler dans le sol.
  • l’ozone : Le caoutchouc est détérioré par l’ozone dont la quantité est heureusement très faible voire négligeable dans le sol ;
  • l’acidité du sol : On sait qu’un acide fort (pH de l’ordre de 1) détruit le caoutchouc. Le pH de l’eau extraite des remblais est assez souvent de l’ordre de 4 ou 5, ce qui montre qu’en général les sols naturels sont relativement peu acides. »

Voici une autre étude qui vient confirmer la non nocivité des pneumatiques pour notre usage (voir ici & ici)

« Les résultats d’ensemble permettent donc de confirmer l’innocuité environnementale de l’utilisation de PUNR [Pneu Usagé Non Réutilisable] entier en réaménagement de carrière comme dans le cadre de travaux de génie civil utilisant la technique PNEUSOL®. »

« La valorisation de PUNR entiers en réaménagement de carrière, dans le cadre de la technique PNEUSOL est une solution sûre vis-à-vis de l’environnement quel que soit le contexte géologique et hydrologique. »

Pour finir, voici l’avis de l’Ingénieur Chris Kaiser, traduction faite de l’anglais par SolutionERA :

« Le  noir  de  carbone  est  obtenu  par  la  combustion  partielle  ou  la décomposition  thermique d’hydrocarbures, il est un cancérigène connu et se trouve dans les pneus. toutefois, pour évaluer les risques encourus sur la santé humaine et l’environnement par la réutilisation de pneus dans les Earthships, il faut regarder les voies d’exposition et l’état dans lequel ce contaminant potentiel existe. Les conditions pour que le caoutchouc se dégrade sont : la haute température, l’exposition à la lumière ou la présence de forts produits chimiques oxydants. aucune de ces conditions n’existe quand un pneu est enfoui sous terre ou entouré de terre battue (bauge).

Pour que les pneus influencent  la qualité de l’air intérieur d’un Earthship, les pneus doivent émaner des vapeurs gazeuses partant des pneus, ensuite à travers les murs et finalement jusqu’à l’espace de vie du Earthship. La production de ces vapeurs est proportionnelle à la pression de vapeur des composés. Celle du noir de carbone est moins de  »0.1 mmHg », ce qui est extrêmement faible, signifiant que ce composé chimique ne produit presque pas de vapeur. Par conséquent, le potentiel des pneus à affecter la qualité de l’air intérieur est extrêmement faible.

Pour  qu’un  pneu  affecte  la  qualité  de  l’eau,  il  doit  entrer  en  contact  avec  l’eau  et  libérer  des  substances chimiques dans celle-ci. dans un Earthship conçu de manière appropriée, il n’y aura pas d’écoulement d’eau à travers le mur. Par conséquent, aucune eau ne viendra en contact avec les pneus. dans le cas peu probable que l’eau vienne en contact avec ces derniers, l’eau ne deviendra pas contaminée parce que le noir de carbone est insoluble dans celle-ci. réutiliser un vieux pneu dans un Earthship, où il devient une ressource utile et passe le reste de son temps dans un cadre inerte est une utilisation finale idéale. »

Les scientifiques à travers le monde font donc la même conclusion : construire un mur de pneu, comme dans un Earthship, n’est ni dangereux pour l’environnement, ni pour ceux qui y habitent, et il est impossible qu’un mur de pneu rempli de terre s’enflamme.

 


 
En complément, sur le sujet :